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Synopsis

J’avais découvert la langue de Michel Falempin, son souci du continu (expression de Jean-Paul Goux, qui publierait bientôt dans la même collection) dans L’Ecrit fait masse, collection Digraphe, en 1976.

Pas seulement la hauteur de prise d’une grande langue, d’une pâte lourde, d’une syntaxe tirant de tous les outils de la langue, mais le souci (ce mot me semble rapprocher ces auteurs) de porter la langue au contact du monde, quand bien même elle risquait de s’y disloquer, d’avoir à lever des figures, des objets (Ponge aussi publierait dans Digraphe : Une figue de paroles et pourquoi) a priori hétérogènes à l’expérience littéraire.

Ce son particulier de voix, une raucité, un élan, je le retrouverais dans La légende travestie en 1987. Michel Falempin a continué, l’actualité littéraire n’a pas forcément précaution de ces veines sourdes, où pourtant elle se renouvelle, Jacques Ancet, Jacques Abeille Jean-Paul Goux ne démentiront pas.

D’autres livres chez Ivrea, Exeat à paraître prochainement chez Ecbolade : je tiens à ce que publie.net soit pour moi une affirmation. Ce souci de la langue. Et la dette : ceux qui vous ont appris à se charger de la matière lyrique pour la porter à sa juste épreuve.

De Faux airs, voici l’incipit :

Une relation comme ancillaire unit la littérature au doute : tout château qu’elle invente, ne le place-t-elle pas sur le chemin de ce maître invisible pour qu’il le dévaste de ses soupçons, qu’il souffle sur les mystères qu’elle entretient, qu’il en disperse les prestiges et règne enfin sur ses ruines supposées ?

Et puis un exercice funambule : l’apostrophe adressée à un personnage qui entre dans la pièce où écrit le narrateur, une simple phrase, l’adresse faite à l’autre. C’est un récit de 40 pages, voici l’incipit de la IVème partie :

Le réel existe par imitation : il n’est pas jusqu’aux syllabes de celle qui n’a pas parlé qu’il ne propage. Il excède son existence muette. Il peut bien interpoler : quiconque s’estime en vie est tenu de croire à ses tours. Mieux, il doit en donner la preuve en en reproduisant, pour sa part, les prestiges : cela conforte la foi en les battements du cœur.

Que cette mise en ligne contribue à renforcer l’accueil que nous devrons à Exeat, et c’est aussi la tâche, ici. Et si vous trouvez chez un bouquiniste deux exemplaires de L’Ecrit fait masse, ne les manquez pas, et réservez m’en un !

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